Pollution numérique : 3 raisons de s’inquiéter pour l’environnement

Alors que des mesures drastiques doivent être prises par des milliers d’entreprises pour espérer ralentir l’échéance des ressources non renouvelables, le numérique ne cesse de gagner du terrain. Pourtant, son coût n’est pas seulement financier, mais aussi environnemental. L’impact actuel du numérique en Europe équivaut déjà à 40 % du budget carbone européen disponible pour rester sous le seuil de réchauffement de 1,5° C. Mais concrètement, quels sont les problèmes écologiques rencontrés avec la production d’appareils, la démocratisation des réseaux ou encore la multiplication des data centers ? On fait le point.

Le numérique : une emprise de plus en plus forte sur le monde

Depuis les années 1960, les nouvelles technologies ont transformé notre monde en un royaume numérique. En plus d’être extrêmement pratiques, les nouvelles technologies facilitent notre quotidien en offrant à ses utilisateurs de nouveaux canaux (moins coûteux, moins contraignants) pour réaliser les mêmes tâches qu’autrefois. Elles nous permettent entre autres de communiquer, d’accéder à une base illimitée d’informations en un rien de temps ou même encore de faciliter les transactions. Cependant, la technologie numérique a ses inconvénients. Elle nuit gravement à l’environnement.

Lorsque les nouvelles technologies ont été introduites dans notre environnement, les ordinateurs étaient utilisés à des fins militaires ou mis à contribution pour la conquête de l’espace. Le téléphone mobile n’utilisait pas la 4G et des terminaux de paiement n’étaient pas connectés. En clair, les technologies les plus poussées étaient réservées à certaines institutions, car jugées trop puissantes, trop coûteuses et aussi trop volumineuses. Néanmoins, après des années d’évolution et de recherches, elles se sont peu à peu déployées et ont conquis la quasi-totalité des foyers aujourd’hui. Si l’évolution est l’ordre naturel des choses, elle coûte parfois cher à notre planète lorsqu’elle est conduite par l’homme.

D’abord la surconsommation, puis l’urbanisation des moindres espaces verts, et enfin l’apogée du numérique.

#1 Les appareils numériques : entre fabrication polluante et déchets non recyclés

C’est la réalité que nous ne voulons pas voir. Smartphones, ordinateurs et autres terminaux numériques parcourent des milliers de kilomètres et passent par une chaîne de production « fossile » avant d’arriver dans des magasins, avec un design tout à fait irréprochable. Pas étonnant que la fabrication d’un ordinateur portable de 2 kg émette 103 kg de CO2 sur les 156 kg qu’il émet au cours de sa durée de vie.

En 2022, on estime que près de 600 kg de matières premières sont mobilisés pour la fabrication d’un ordinateur portable. Ce qui correspond également à près de 70 matériaux différents, dont 50 métaux rares. Inutile d’insister sur le fait que la grande majorité d’entre eux ne sont pas renouvelables. Cela, sans parler des conditions de travail et des vapeurs néfastes auxquels sont exposés les assembleurs.

N’oublions pas non plus la société dans laquelle nous vivons, avide de nouveautés. Le cycle de l’un de ces appareils est estimé en moyenne à 5 ans. Mais combien d’entre nous change de téléphone tous les ans ? Et qu’advient-il des déchets électroniques ? On parle ici de 57 millions de tonnes de déchets, soit 62 milliards de dollars jetés par les fenêtres. Concrètement, il s’agit du poids de la Grande Muraille de Chine et d’un montant supérieur au PIB de très nombreux pays en voie de développement.

#2 Impact du numérique sur la vie sous-marine

Lorsque l’on pense au numérique, on oublie souvent que pour soutenir les connexions venues des quatre coins du globe, un réseau de câbles proéminents traverse les océans et les mers. En 2022, on ne comptabilisait pas moins de 450 câbles sous-marins en fonctionnement. Le plus court d’entre eux mesurait tout de même 131 km. Vous trouvez ça long ? Qu’en est-il alors de 20 000 km en partant de Malaisie pour arriver en Californie ?

L’équipement sous-marin est généralement fait pour durer. C’est pourquoi le matériel utilisé pour construire ce type d’infrastructure n’est pas choisi à la légère. De plus, le câble est installé à l’aide de navires câbliers et d’outils creusant le fond marin pour l’ensouiller. Et celui-ci a un coût à la fois pour l’écosystème, mais aussi pour la faune et la flore marine. Si l’échauffement généré par les câbles n’est pas encore au cœur du problème, reste à savoir si l’impact environnemental des champs électriques et l’intensité des champs magnétiques que ces installations émettent.

Selon l’ADEME, l’infrastructure réseau est responsable de 28 % des émissions de gaz à effet de serre émis par notre consommation du numérique. Plus préoccupant encore, le déploiement de la 5G nécessitera de nouveaux équipements pour l’infrastructure du réseau 5G et les usages des particuliers, aggravant la pollution numérique. Selon une étude du Haut Conseil pour le climat (HCC), son déploiement entraînerait ainsi une augmentation de 18 à 45 % de l’empreinte carbone du secteur numérique en France d’ici à 2030.

3# Les data centers : véritables usines à gaz (à effet de serre)

Les data centers sont des infrastructures complexes, composés à la fois de serveurs, de routeurs, d’espaces de stockage, de systèmes de refroidissement et de câblages. Vous vous imaginez bien que, pour faire fonctionner ces installations sont très gourmandes en ressources. Pourtant, ils sont absolument nécessaires au bon fonctionnement des réseaux. Les grandes entreprises, ou en tout cas celles avec assez de moyens, possèdent leur propre data center. Sans lui, les entreprises actuelles seraient paralysées. Mais alors, où est le problème ? Selon l’étude de GreenIT.fr de 2020, les centres informatiques sont responsables de 4 à 15 % des impacts du numérique français.

Actuellement, on produit environ 2,5 trillons d’octets par jour. Pour les traiter, les transmettre et les stocker, près de 4 500 data centers sont répartis dans 122 pays au total. Les rejets de CO2 de ces cheminées invisibles sont phénoménaux. Mais si en France, l’électricité est produite à partir de solution nucléaire, dans certains pays comme la Chine, elle provient encore d’usine à charbon. On estime qu’à l’heure actuelle, les centres de données chinois utilisent un mix énergétique composé à 73 % de charbon, à 23 % d’énergies renouvelables et à 4 % d’énergie nucléaire (Greenpeace).

De plus, on parle ici de machines qui fonctionnent 24 heures/24 et 7 jours/7. Ce qui créait bien évidemment un échauffement des machines. En Californie, les 200 datacenters implantés nécessitent annuelle l’équivalent de 158 000 piscines olympiques pour rester à flot (soit le besoin en eau annuel de 3 hôpitaux).

Le numérique est dangereux pour l’environnement. Mais ce n’est pas la seule source de nuisance. Alors, que faire à son échelle pour réduire son empreinte écologique ? Habitude de consommation, alimentation ou encore mobilité : découvrez 3 façons de réduire son empreinte écologique durablement.