Le chanvre textile : l’avenir de la mode éthique

Le chanvre est une fibre naturelle utilisée dans le textile depuis des siècles, et revient de plus en plus au goût du jour, notamment dans le secteur de la mode éthique. Zoom sur cette plante miracle. 

Qu’est-ce que le chanvre ?

Le chanvre est une plante issue de la famille des cannabinacées à feuilles palmées. Il faut bien distinguer le chanvre sativa, qui contient moins de 0,2% de THC et n’a donc aucun effet psychotrope, du chanvre indica qui lui est connu pour son usage récréatif.  C’est au premier que nous allons nous intéresser pour évoquer la fibre textile.

Le chanvre est une fibre naturelle utilisée dans le textile depuis des millénaires et qui revient de plus en plus à la mode, notamment grâce à la prise de conscience éthique et anti fast fashion dans le secteur du prêt-à-porter. Poussant de la même manière qu’une mauvaise herbe, le chanvre est résistant aux insectes et maladies, ne nécessite pas d’un grand apport en eau et se développe sans avoir besoin d’attention particulière. Le chanvre ne pollue ni lors de sa culture ni pendant sa transformation : cela en fait l’une des matières les plus écologiques sur le marché du textile. Alors pourquoi n’est-il pas plus utilisé dans la confection de textile ?

La réponse réside dans le processus de transformation de la fibre de chanvre, très complexe, et par extension plus coûteux que d’autres fibres (le coton ou le polyester par exemple). On peut toutefois espérer que les innovations technologiques observées dans le secteur ces dernières années pourront en faire une matière plus accessible.

Comment fabrique-t-on du tissu de chanvre ?

Très résistant, le chanvre permet de fabriquer des vêtements durables, naturels et surtout biodégradables. Mais son processus de transformation est plus long et coûteux que beaucoup d’autres textiles comme le coton ou le polyester.

Récolte et séparation des fibres de chanvre

Pour commencer, le processus de fabrication débute bien évidemment par la récolte des plantes. Lorsque le chanvre est exclusivement cultivé pour sa fibre, les plantes mâles et femelles sont coupées dès que les mâles commencent à libérer du pollen. Si l’on souhaite également faire usage de ses graines, les plants mâles ne sont coupés qu’après pollinisation des plants femelles.

Rouissage de la fibre de chanvre

Traditionnellement, une fois les plants coupés, les tiges sont laissées à même la terre pendant plusieurs semaines pour enclencher le rouissage. Il s’agit d’un processus de pourrissement dans lequel la pectine qui lie les fibres ensemble se décompose au contact de la lumière.

Aujourd’hui, d’autres alternatives existent. L’une d’entre elles consiste à plonger les tiges dans un mélange de savon et de bicarbonate de soude, puis dans de l’acide acétique. Ce procédé chimique accélère le processus de rouissage et permet d’obtenir des fibres plus douces et élastiques. Par éthique, il ne s’agit pas du meilleur processus, puisque non naturel. Le problème étant bien évidemment l’usage de produits chimiques corrosifs. Cependant, le carbonate de sodium et l’acide acétique ne sont pas polluants ni toxiques pour les artisans qui les manipulent.

Une seconde alternative, bien plus éthique, a vu le jour très récemment. Il s’agit d’une technique permettant d’extraire la lignine par un processus enzymatique et microbien (à l’aide d’un champignon qui se nourrit de la lignine et va nettoyer les fibres de chanvre). Ce procédé a l’avantage d’être totalement naturel et de faire du tissu de chanvre une matière écologique et non polluante dans son mode de fabrication.

Décorticage, traitement et tissage de la fibre de chanvre

Le décorticage de la fibre de chanvre consiste à extraire le cœur ligneux de la tige. Ces dernières, encore humides, sont décollées des tiges et séchées. Une fois séparées, les tiges sont réunies en balles et sont maintenant prêtes à être filées.

Le filage du chanvre textile est quasiment le même que celui des autres fibres textiles (coton, lin…). Les fibres sont tressées ensemble pour former de longs fils, souvent enduits de cire pour les rendre résistants à l’eau. Traditionnellement, le tissage était réalisé à la main à l’aide de deux outils : le fuseau et le rouet. Le fuseau suspendu est un poids en forme d’épi auquel la fibre brute est attachée, et le rouet est un bâton en bois autour duquel les longueurs de fibre brute sont enroulées. Le tisseur devait alors s’assurer que la tension des fils était régulière. Le travail devait être effectué dans un environnement humide pour permettre de conserver la souplesse du textile.

La toile réalisée est ensuite pliée, emballée et inspectée avant d’être vendue et/ou exportée. Elle doit correspondre à la réglementation en vigueur qui définit les principes de qualité en France et en Europe.

Avantages du chanvre textile :

Vous l’aurez compris, les avantages du chanvre textile sont également nombreux. Pour résumé, en voici quelques-uns :

– Les propriétés chimiques du chanvre font de lui un textile antibactérien

– Le chanvre est une matière thermorégulatrice qui garde au chaud l’hiver et au frais l’été.

– Les propriétés absorbantes du chanvre maintiennent au sec.

– Les fibres du chanvre étant très denses, elles protègent en partie des UV et d’autres types de rayonnement.

– Le chanvre est particulièrement réputé pour sa solidité (d’où son usage pour les cordages, les voiles etc.), ce qui fait de lui une matière biologique particulièrement durable.

Pourquoi le chanvre a-t-il si mauvaise réputation ?

Les intérêts économiques sont toujours plus forts que la logique éthique.

Au début du XXe siècle, un lobbying de puissants industriels américains finit par faire interdire par l’ONU la variété indica comme substance dite « stupéfiante » après une longue campagne malveillante contre la plante. Pour toute culture de chanvre ou même simple possession de cannabis, on s’exposait aux états-unis à une amende de 5000$.

Le chanvre agricole, cultivé pour ses graines et ses fibres, était trop souvent associé à son cousin, le chanvre indien, aux propriétés psychotropes. Il a donc, lui aussi, pâti de cette répression. C’est ce qui lui donne mauvaise réputation et colle au chanvre textile une étiquette « hippie ». Associé au crime, le chanvre est devenu dangereux et diabolique aux yeux de la population.

Dans le secteur de la mode, les marques éthiques et responsables font désormais une belle place au chanvre textile, mais son usage reste bien trop timide dans pour les autres acteurs de ce secteur d’activité. Pourtant, peu gourmand en ressources, mais possédant un fort rendement, ce matériau naturel constitue une très bonne alternative aux fibres habituellement utilisées par l’industrie textile. Le problème majeur étant son prix. Le chanvre peut en effet s’avérer être une matière assez coûteuse au premier abord, mais il s’agit d’une fibre naturelle durable, qui bien exploitée, permettrait en plus la création de nombreux emplois, que ce soit dans l’agriculture ou dans tous les autres maillons de la chaîne.